top of page
  • Writer's pictureChaire UNESCO en démocratie, citoyenneté mondiale et éducation transformatoire

Projet ENGAGEMENT: Race humaine ou races humaines ? Comment parler du racisme ?

Updated: May 2

Projet ENGAGEMENT (Financement des Fonds de Recherche du Québec [FRQ])


Titre du projet : Race humaine ou races humaines ? Comment parler du racisme ?


Chercheur : Paul R. Carr (Université du Québec en Outaouais)

Citoyen : Christian Bizimana

Collaboratrice : Gina Thésée (Université du Québec à Montréal)

Assistante de recherche : Ivette Doizi (Université du Québec en Outaouais)


ARRIÈRE-PLAN ET APERÇU (MAI 2023)


1. Pourquoi étudier cette question


Depuis plusieurs mois, on voit se présenter dans les médias une série de drames liées au racisme. La mort de Joyce Echaquan, l’arrestation de Mamadi Camara, le cas de la liberté d’expression de la professeure à l’Université d’Ottawa et plusieurs autres cas embués dans le filet du profilage raciale illustrant que la race, le racisme et la racialisation sont toujours des concepts qui ne font problème. Entourant ce contexte, nous voyons que le Gouvernement du Québec ne reconnait pas officiellement le « racisme systémique » au Québec tandis que dans le reste de l’Amérique du Nord il semble avoir une acceptation que le racisme systémique existe même si on ne s’entend pas comment le remédier. Nous constatons, en même temps, qu’il y a une remonté des mouvements de la suprématie de la race blanche, un rejet des projets traitant de l’antiracisme et une diffusion de négation dans les médias.

Donc, notre intérêt, notre préoccupation et notre sujet que nous voyons comme incontournable à ce stade-ci, c’est « comment parler du racisme ? ». Quels types de dialogues sont souhaitable, possibles, envisageables ? De plus, quels sont les paramètres, les enjeux et conséquences de ces dialogues ? La recherche scientifique indique que les gens racialisés ne se sentent pas à l’aise à en discuter puisqu’il n’y a pas beaucoup d’ouverture de le faire dans la société de race blanche. Le chercheur a déjà mené plusieurs études dans cette veine et il a constaté que le privilège et le pouvoir de la race blanche rend un tel dialogue très difficile et problématique. Il faudrait dépasser la honte et la culpabilisation et viser plutôt la justice sociale. En se dialoguant d’une manière authentique, ouverte et pertinente, nous pourrions nous évoluer, ce qui nous permettrait d’être plus inclusif, plus juste, plus productif et plus engageant. Le racisme débilite les gens et la société et nous nous intéressons sur le questionnement que les gens pourraient faire en ce qui concerne la race.

Tout comme il serait inutile de dire que le sexisme n’existe pas, surtout si ce sont des hommes qui le déclarent, nous croyons qu’il serait aussi inutile d’annoncer que le racisme n’existe pas. Notre intérêt, c’est pourquoi on a du mal à en discuter et comment améliorer les conditions pour en discuter. Le Duo s’engagera dans un tel dialogue pendant un an, un chercheur (de race blanche) et un citoyen (de race noire), tout en documentant, présentant et essayant de mieux comprendre comment le faire. Nous mentionnons l’origine raciale du Duo, non pour agacer, confondre et/ou diminuer la portée de ce projet, sachant que dans notre société et d’autres c’est souvent mal vu d’en parler malgré le fait que c’est tellement fondamental à l’expérience vécue des gens ; au contraire, c’est un point de départ dans une société où la race joue un rôle clé (et dans le passé, et aujourd’hui) dans la politique, l’économie, l’éducation et la vie socioculturelle.


2. Un projet de sciences participatives


Le document de l’European Citizen Science Association intitulé Dix principes de sciences participatives nous fournit un cadre pour développer la relation, le travail et le dialogue entre le Duo. La Chaire UNESCO DCMÉT travaille depuis plusieurs années avec collaborateurs dans la société civile, au Canada et aussi à l’international, notamment avec la communauté haïtienne et des organismes liés à la démocratie et la citoyenneté mondiale. Pour ce projet Engagement, en particulier, nous favorisons l’approche de la complicité et la solidarité en ce qui concerne la conceptualisation, l’élaboration, la mise en œuvre et la dissémination du projet ensemble. Chaque membre du Duo (le chercheur et le citoyen) s’occupe de certaines tâches mais, ensemble, le Duo produira des activités et des produits livrables ensemble, y compris des vidéos, un article et une présentation/communication dans un symposium international. On est particulièrement soucieux de l’aspect éthique du projet ainsi que l’impact potentiel et réel du projet, surtout en lien avec un sujet aussi sensible que le racisme. Puisque le programme Engagement s’intéresse aussi aux retombées du projet du Duo, nous aussi, nous allons nous assurer qu’il y a une dissémination et interaction avec la société civile, incluant la possibilité des échanges, des partages, des suivis et des partenariats. Après la phase du Démarrage, on souhaiterait élargir le projet en incluant d’autres personnes et organismes de la société civile en vue d’intensifier et de rendre plus critique le projet, le dialogue et l’action antiraciste.


3. Cadre théorique et conceptuel pour étudier la question


Parler de la race exige une certaine humilité et nous abordons le sujet avec beaucoup de respect, de dignité et de sensibilité. Nous viserons la conscientisation, telle que formulée par Paulo Freire, la fondation de la théorie antiraciste critique, telle que formulée par George Dei (et Carr et Thésée ont produit de nombreuses articles sur le sujet aussi), les notions de la blanchitude (le travail de Carr et Lund et d’autres sera utile ici) et les notions de la littérature sur la démocratie délibérative (Carr a travaillé dans ce domaine depuis plusieurs années) tout en essayant de répondre à la question de comment parler du racisme.

4. Le Duo


Christian Bizimana, est un citoyen canadien d’origine burundo-rwandaise qui vit au Canada depuis 1994, et qui a déjà été victime de racisme non seulement systémique mais aussi physique et agressif surtout les premières années au temps des Hells Angels et d’autres gangs de rue. Avec le temps et grâce à ses cours de sciences politiques en partie mais aussi à sa propre recherche directe, ses lectures, etc., il a compris que le racisme est un phénomène qui existe depuis des siècles (esclavage, colonisation).

Paul R. Carr est professeur titulaire au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Il est aussi le titulaire de la Chaire UNESCO en démocratie, citoyenneté mondiale et éducation transformatoire (DCMÉT). Spécialisé en Sociologie politique, surtout dans le champ de l’éducation, ses champs de recherche comprennent l’antiracisme, la démocratie, la citoyenneté mondiale, l’éducation transformatoire et la littératie médiatique. Il est éditeur, coéditeur, auteur ou coauteur d’une vingtaine de livres, dont plusieurs lui ont valu des prix et distinctions, y compris pour son travail sur l’antiracisme et la blanchitude.

Le Duo, qui travaillera ensemble et d’une manière complice et solidaire, consultera et inclura aussi une collaboratrice. Gina Thésée est professeure titulaire au Département de didactique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle est la co-titulaire de la Chaire UNESCO en démocratie, citoyenneté mondiale et éducation transformative (CU-DCMÉT). Ses champs de recherche comprennent notamment l’éducation antiraciste et l’éducation à la l’écocitoyenneté mondiale.

Une assistante de recherche, une doctorante travaillant avec le chercheur, Ivette Doizi, chercheur travaillera avec l’équipe, si le projet est financé. Ivette fait son doctorat sur la diaspora haïtienne au Chile, a une formation d’enseignante et étudie l’antiracisme depuis quelques années.

----------------------------


Projet ENGAGEMENT (Financement des Fonds de Recherche du Québec [FRQ])


Titre du projet : Race humaine ou races humaines ? Comment parler du racisme ?


Chercheur : Paul R. Carr (Université du Québec en Outaouais)

Citoyen : Christian Bizimana

Collaboratrice : Gina Thésée (Université du Québec à Montréal)

Assistante de recherche : Ivette Doizi (Université du Québec en Outaouais)


RÉFLEXION 1 (AOÛT 2023)

Réflexion sur la race humaine versus les races humaines

Christian Bizimana


En Afrique, il y a un adage qui dit que « quand un vieillard meurt, c’est toute une bibliothèque qui brule ». Mes grands-parents me répétaient souvent que la coutume est (était) une règle juste qui protège la vie. Qu’il n’y a rien de sacrée que la vie. Qu’il faut la protéger. Ils me disaient également que ce qui est juste est permanent et qu’en l’occurrence, toute coutume ne peut être modifiée que pour être plus équitable ou juste.

Or, dans ‘Nations nègres et culture, » disait le professeur Cheik Anta Diop, que l’aliénation culturelle finit par être partie intégrante de notre être, notre substance, de notre âme. Et quand on croit s’en être débarrassé on ne l’a pas encore fait complètement.

Dans mes années primaires au village en Afrique, j’ai été initié à l’UBUNTU, un mode de vie, une philosophie à part entière (je suis car tu es) ou l’attention est portée aux autres. La compassion, la réciprocité, la dignité, l’harmonie et l’humanité dans l’intérêt de construire et de maintenir une communauté avec justice et bienveillance mutuelle sont bien des vertus que traduit cette philosophie.

Ainsi la notion de races humaines est tout à fait relative et relativement nouvelle pour l’Africain que je suis et très délicate car elle part de la segmentation en races humaines. Elle est en fonction de leurs caractéristiques physiques : pigmentation, forme du visage et du crâne (craniométrie), etc. Ce qui implique d’une certaine façon l’existence d’une « pureté raciale ».

Il existe à mon sens 3 règles incontournables parmi plusieurs dans la philosophie d’Ubuntu :

  • 1ere règle : La reconnaissance envers ceux qui nous ont précédés. La reconnaissance de notre propre vie dépend de la gratitude dont nous avons fait preuve vis-à-vis de ceux qui ont rendu notre vie possible ;

  • 2e règle : Nous recherchons la perfection comme une sorte de point que nous voulons atteindre de façon asymptomatique et le savoir est de ce qui est de l’ordre insondable, inépuisable ;

  • 3e règle : Nous ne travaillons pas pour notre gloire ou notre propre réputation mais pour le bien de l’humanité toute entière en passant par la connaissance de soi.


Aujourd’hui, l’universalité de la pensée occidentale fait que lorsqu’on pense de la science, qu’on soit japonais, chinois, coréen ou africain, impérativement on part de la définition que les occidentaux donnent de la science. On fait des conjonctures à partir de la méthode que les occidentaux disent être scientifique. On fait des spéculations à partir de l’épistémologie que l’occident a imposé comme démarche euristique. Cheick Anta Diop, toujours dans Nations nègres et culture, (lien : Nations nègres et culture - Cheikh Anta Diop (PDF) - Afrikhepri) disait que la crise de la raison était révélatrice de la crise de la science.

Pour cause, on peut se poser la question sur les fondements de la connaissance scientifique et sa genèse qui remonte avant même l’Égypte antique. L’os d'Ishango est un bon exemple car il est daté de plus de 20 milles ans. Ce qui m’amène à croire que la science a précédé l’émergence de l’homme dans l’histoire. Elle a des racines préhistoriques évidentes dont on ne parle pas dans les manuels de science. Et l’esprit scientifique n’était pas inconnu de l’homme préhistorique.

On s’entend également que la connaissance scientifique ne peut pas existée sans l’esprit scientifique. Nul doute que les premiers hommes scientifiques sur la terre ont dû poser le problème métaphysique qui permet d’accéder à l’esprit scientifique. La raison intuitive par exemple, la question existentielle qui part de infiniment petit pour le cosmos a infiniment grand pour l’univers. La raison analytique qui veut que rien n’advient qui ne soit le produit d’une cause.

Ainsi peut-on se questionner pourquoi est-ce qu’il y a l’être et non le néant? Qu’est-ce que l’être versus le néant? Quelle est la méthode générale qui permet d’accéder à la connaissance scientifique?

Partir d’un objet dans sa globalité, objet de la vérité. La Méthode est la condition d’expérimentations de la validité d’une démarche scientifique, marche exhaustive et testée contrairement à une idéologie.

Quelle est l’épistémologie qui sous-tend la connaissance scientifique? Ne faut-il pas un fondement de la méthode scientifique? Quelle est la théorie cosmologique qui modélise en dernier ressort le processus global de la connaissance scientifique?

Voilà quelques questions qu’on pourra se poser dans la phase action et partir du fait que la cosmologie ne s'intéresse donc pas aux objets en particulier (planètes, étoiles, galaxies..), mais plutôt au cadre dans lequel ils évoluent, aux lois communes auxquelles ils obéissent.

On évitera à mon sens de faire la morale comme critère de la vertu ou le mal devient le bien et vis-versa contrairement à l’axiologie qui elle, est la science des philosophies, de la morale et de la métaphysique. Elle est la science de la valeur et non des valeurs.

Comme dirait mon grand-père, pour savoir ce qui est bien il faut savoir sa valeur. De même pour savoir ce qui est mal, il faut savoir sa valeur :


· La 1e des valeurs étant celle qui permet de conserver la vie.

· La 2e étant celle qui permet de propager la vie.

· La 3e étant celle qui permet garder la vie du cosmos et de l’univers.


Je conclue en citant le chanteur jamaïcain Bob Marley qui a dit que tant que la philosophie qui tient qu’une race supérieure et une autre inferieure ne soit enfin et définitivement discréditée et abandonnée, il y aura la guerre. Et pour éviter la guerre, il nous faudra redévelopper une culture d’Ubuntu en occident, une conscience collective qui rime avec la préservation de la vie de tous les vivants.

Dans « Nations negres et culture », Diop rétablit pour la 1e fois la continuité historique du passé des peuples africains et des africains. La conscience historique d’être capable de connaitre les étapes successives de l’évolution de son histoire depuis ses origines et d’avoir le sentiment d’être un sujet de son histoire et non pas un objet passif d’une histoire faite et écrite sans lui et contre lui.

RÉÉCRIVONS NOTRE HISTOIRE!


-------------------------


Projet ENGAGEMENT (Financement des Fonds de Recherche du Québec [FRQ])


Titre du projet : Race humaine ou races humaines ? Comment parler du racisme ?


Chercheur : Paul R. Carr (Université du Québec en Outaouais)

Citoyen : Christian Bizimana

Collaboratrice : Gina Thésée (Université du Québec à Montréal)

Assistante de recherche : Ivette Doizi (Université du Québec en Outaouais)


RÉFLEXION 2 (SEPTEMBRE 2023)

Réflexion sur la race humaine versus les races humaines

Christian Bizimana


L’histoire du Canada et de sa population remonte à des milliers d’années, bien avant l’arrivée des explorateurs européens il y a plus de 500 ans.

Les « premiers » habitants du Canada étaient les Autochtones, qui avaient leurs propres croyances et modes de vie ainsi que de riches histoires. Il y a 150 ans, le Canada occidentale est né. Le 1er juillet 1867, trois colonies de l’Empire britannique se fédérèrent et ce nouveau pays est devenu officiellement le Canada. Mais l’origine du mot Canada remonte dans la nuit des temps, probablement 15 000 ans en arrière et certainement un peu plus de 300 ans avant sa création. Le nom du Canada provient du mot iroquois « kanata ». En 1535, les habitants indigènes de l’actuelle ville et région de Québec ont utilisé ce mot pour guider le navigateur français Jacques Cartier jusqu’à l’un de leurs villages près de la côte. Ce dernier utilisa par la suite ce même mot « Canada » non seulement pour désigner ce village, mais aussi pour l’ensemble des terres de cette région où il venait d’accoster. Dix ans plus tard, on voit des livres et des cartes européennes qui commencent à désigner cette région par le mot « Canada ».

Durant plusieurs décennies des 160 dernières années, l'immigration a grandement contribué à la croissance démographique et économique selon statistique Canada.

Entre 1861 et 1901, le Canada a connu quelques vagues d'immigration, principalement d'Europe. À partir de 1880, de nombreux immigrants dont certains d'Asie, sont venus au Canada afin notamment de travailler à la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique.

Entre 1851 et 2001, l'accroissement naturel a été le principal facteur à l'origine de la croissance démographique du Canada. Depuis la fin des années 1960, l'accroissement naturel est à la baisse et n'explique plus que le tiers de la croissance démographique depuis 2001.

En date du 16 juin 2023, le Canada compte 40 millions d'habitants. Dorénavant, les renseignements sur la population des minorités visibles sont exigés en vertu des lois fédérales sur l’équité en matière d’emploi pour les programmes visant à promouvoir l’égalité des chances pour tous et toutes.

En 2021, plus de 8,3 millions de personnes, soit près du quart (23,0 %) de la population, étaient ou avaient déjà été des immigrants reçus ou des résidents permanents au Canada. Ces derniers proviennent de différents pays et ont différents patrimoines culturel, ethnique, linguistique et religieux.

En effet, le Canada est réputé pour ses politiques libérales en matière d'immigration et de refuge. Ainsi la Charte canadienne des droits et libertés garantit le respect des droits de toute personne sur le territoire canadien quel que soit son statut. Cependant, le racisme et la discrimination font partie de la réalité canadienne. Ils se manifestent sur le plan personnel dans la façon dont on traite parfois les individus. On peut également le voir sur le plan systémique, dans le fonctionnement des instances gouvernementales et non gouvernementales.

Alors qu'au 19e siècle le Canada représentait la liberté pour les Afro-Américains qui fuyaient l'esclavage, au 20e siècle l'immigration de personnes d'origine africaine était vivement découragée. En 1911, un décret du gouvernement fut préparé interdisant l'entrée à tout « immigrant appartenant à la race noire, laquelle race est considérée comme inadaptée au climat et aux exigences du Canada ».

Jusqu'aux années 1960 le Canada choisissait ses immigrants plutôt en fonction de leur catégorie soi-disant « raciale » que d'après les mérites propres à chaque candidat, avec une préférence pour les immigrants du Nord de l'Europe (particulièrement les Britanniques) plutôt qu'aux soi-disant « races noire et asiatique » et parfois aux soi-disant « races » issues de l'Europe centrale et du Sud.

La notion de « races » cessera d'être officiellement un facteur significatif avec l'introduction du système de points mais, pourtant, nous sommes aujourd'hui aux prises avec une forme de racisme plus subtile, moins consciente et moins facile à identifier mais tout aussi destructrice.

Selon la source la Commission canadienne des droits de la personne, voici quelques statistiques sur la discrimination et les crimes haineux au Canada :


  • 25 % des plaintes de discrimination déposées auprès de la Commission canadienne des droits de la personne en 2016 étaient liées à la race, à la couleur, à l’origine nationale ou ethnique ou à la religion.

  • 43 % des crimes haineux déclarés en 2017 étaient motivés par la haine d’une race ou de l’origine ethnique.

  • 16 % des crimes haineux déclarés en 2017 ciblaient particulièrement les populations noires.

  • Les crimes haineux ciblant les musulmans représentaient 17 % de tous les crimes haineux déclarés au Canada en 2017.

  • Les crimes haineux ciblant les juifs représentaient 18 % de tous les crimes haineux déclarés au Canada en 2017.

  • Les Canadiens racialisés gagnent en moyenne 81 cents pour chaque dollar gagné par d’autres Canadiens.

  • Les hommes noirs sont 3 fois plus susceptibles d’être arrêtés pour vérification d’identité par la police.

  • Environ 40 % des employeurs sont plus susceptibles d’accorder une entrevue à un chercheur d’emploi dont le nom est à consonance anglaise qu’à d’autres personnes dont le niveau d’éducation, de compétence et d’expérience est identique.

  • 27 % des détenus des prisons fédérales étaient Autochtones en 2017, alors que ceux-ci représentaient 4,1 % de la population canadienne selon Statistique Canada, 2018.

  • Environ 60 % des employeurs au Québec sont plus susceptibles d’accorder une entrevue à un chercheur d’emploi dont le nom est à consonance française qu’à d’autres personnes dont le niveau d’éducation, de compétence et d’expérience est identique, selon Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec 2012.


Au sujet des travaux réalisés, le gouvernement fédéral reconnaît que les pratiques historiques continuent de susciter la stigmatisation et la discrimination à l’égard de groupes racisés. Dans le cas des migrants, par exemple, certains chercheurs ont établi des relations entre la servitude contractuelle, laquelle a été décrite comme étant une pratique discriminatoire et les programmes de migration temporaire. D’autres font observer que le caractère saisonnier du Programme des travailleurs agricoles saisonniers découle de l’hypothèse raciste selon laquelle les personnes racisées sont incapables de s’adapter au climat canadien ou de « s’assimiler » à la société canadienne en raison de leur nature intrinsèque.

En concluant, ma réflexion n’est pas pour ériger des murs de lamentations. Plutôt, je recommande la vision du gouvernement du Canada cherchant à favoriser et promouvoir une société inclusive où tous peuvent participer pleinement aux sphères économique, culturelle, sociale et politique. La concrétisation de cette vision permettra non seulement de bâtir un meilleur pays, mais aussi de réduire le coût humain associé au racisme et à la discrimination. Car le racisme dénigre les gens, divise les communautés, et alimente la peur et l’animosité dans toute la société. Il n’y a rien de sacrée que la vie. Ainsi la notion faussée pour des raisons capitalistes, esclavagistes, colonialistes de races humaines est en fonction de leurs caractéristiques physiques : pigmentation, forme du visage et du crâne (craniométrie), etc.. Ce qui implique d’une certaine façon l’existence d’une « pureté raciale ».

Mais on peut aussi savoir, étant donné des expériences des personnes racisées, que la race est une construction sociologique.

Or, il n’y a qu’une race et elle est humaine


--------


Programme ENGAGEMENT (Financement des Fonds de Recherche du Québec [FRQ])


Titre du projet : Race humaine ou races humaines ? Comment parler du racisme ?


Chercheur : Paul R. Carr (Université du Québec en Outaouais)

Citoyen : Christian Bizimana

Collaboratrice : Gina Thésée (Université du Québec à Montréal)

Assistante de recherche : Ivette Doizi (Université du Québec en Outaouais)


RÉFLEXION 3 (NOVEMBRE 2023)

Réflexion sur le « Contrat racial » de Charles Mills

Christian Bizimana


Comme Charles Mills, je garde l’idée que l’histoire et les coordonnées qu’elle nous impose méritent d’être pensées avant les principes abstraits ou les vérités qu’on voudrait éternelles. Dans ce but, l’histoire se manifeste sous la forme de rapports de force, où pouvoir, richesse et influence sont inégalement répartis. En sus, les souvenirs que nous portons avec nous influencent tout ce que nous faisons durant toute notre vie.

Ainsi, je voudrais commencer ma réflexion par rapport à une session au symposium de la Chaire UNESCO DCMÉT (voir uqo.ca/dcmet/) dont le sujet central était autour du livre de Charles Mills, « le Contrat Racial » en parlant de mon histoire personnelle et celle de ma famille dès les premiers instants de la colonisation Belge au Ruanda-Urundi (nom de ce protectorat attribué à cette même époque) jusqu’à ce jour. Et comme l’ordre soulage la mémoire, je me permets de commencer avec la référence de la conférence de Berlin qui permettra la partition de l’Afrique et grâce à la quelle mon arrière-grand-père maternel belge Lucien Borgues alias Rongorongo (surnom africain car il était grand ou « long »), était administrateur territorial tôt au début du 20e siècle. Ce dernier a eu 3 enfants dont mon grand-père maternel Jacques Borgues qui deviendra Jacques Kivuye après l’indépendance du Rwanda et sous les ordres des nouvelles autorités. En tant qu’administrateur colonial, mon arrière-grand-père avait comme responsabilités de prendre des décisions concernant l’administration quotidienne, les politiques locales d’assimilation et d’exploitation, et les relations avec les populations autochtones souvent tendues voire même violentes. Comme tout bon colon, il dirigeait comme bon lui semblait : la chicote, les travaux forcés, la dénaturation des valeurs africaines locales, l’imposition abusive, etc…

D’un autre côté, mes ancêtres paternels ont toujours vécu dans cette même région de Gitega, sur les rives de la rivière Ruvyironza. Une rivière source la plus éloignée du fleuve Nil. Fleuve autour duquel la civilisation Égyptienne pharaonique s’est construite plusieurs millénaires avant notre ère et dont la mémoire et l’histoire glorieuse ne sont plus qu’à restaurer et à redécouvrir. Cette région se situe également dans le rayon où l’origine de l’homme moderne se localise il y a de cela plusieurs centaines de milliers d’années. Le berceau de l’humanité s’y réfère. Les civilisations humaines y virent le jour.

Étant né en pleine colonisation belge, mon père (qui selon la distinction de races est noir) a fréquenté l’école coloniale que mon arrière-grand-père belge « blanc », M. Borgues a facilité l’introduction. Il a été baptisé catholique sans avoir eu à choisir de garder sa spiritualité ancestrale. Il a hérité du prénom européen. Ses parents quant à eux, ont connu les premiers instants de chicotes belges, la taxe abusive et ces grands parents ont connu le génocide des allemands avant leur défaite a l’issue de la 1E guerre mondiale en 1919. Comme la plupart des parents africains, mon père m’a élevé à la chicotte. De même qu’à l’école primaire, le maitre ne se gênait pas d’user le fouet comme outil éducatif.

Évidemment, j’ai fréquenté cette même école et tout comme mon père, j’ai été baptisé catholique sans que j’aie à choisir et comme on est toujours dans l’aliénation néo-colonialiste, ou on croit toujours en la division ethnique, j’ai fui mon pays deux fois pour m’installer au Canada. La première fois après les massacres ethniques de 1993 et la deuxième fois après l’insécurité de 2015.

Un ami ironisait un jour qu’une partie de moi et de mes ancêtres belges est responsable de tous les malheurs que traversent la sous-région des grands lacs (l’ethnicisation des conflits, la corruption des dirigeants, etc.) et qu’une autre partie de moi et de mes ancêtres africains se trouve victime du système autrefois imposé aux coups de fouets. Quelle ironie du sort!

Malgré l’indépendance, le Burundi est toujours dans l’ignorance pour plusieurs et fonctionne toujours avec un système éducatif avec des structures calqués sur le modèle belge, son ancien colonisateur avec les mêmes religions importées.

Nul besoin de la psychanalyse ou de la psychologie pour diagnostiquer une domination de l’influence de la puissance esclavagiste ou coloniale dans la conception du soi-même africain « noir » comme inferieure de l’occident « blanc ». Subséquemment, comme exemple, étant très spirituel, voir un Jésus « blanc » sur la croix faisait croire en un Dieu « blanc » (et surtout si l’on dit que Dieu nous a créé en son image).

Pourtant, il n’y a pas de monde moderne sans l’esclavage transatlantique des Africains et la colonisation. Aujourd’hui on parle plutôt de « l’immigration ». Au Canada en particulier il n’y a pas de monde moderne sans la dépossession territoriale, sans le génocide autochtone. La révolution industrielle et le capitalisme n’existent pas sans ces crimes contre l’humanité.

Avant de quitter mon pays natal, j’ai toujours cru que tout ce qui est occidental est forcement bien, bon, beau, riche, intelligent, parfait, etc… A la télé, tout me donnait envie de vivre comme un « blanc ». A l’école les manuels scolaires étaient belges. Les grands philosophes selon nos manuels scolaires ne pouvaient être que « blancs ». Le pays de « blancs » ne pouvait être qu’un paradis sur terre.

Un jour d’été pourtant, après à peu près une semaine au Canada en 1994, un crochard québécois « blanc » m’a approché pour la première fois dans ma vie pour me demander de l’argent, je n’en croyais pas mes yeux. Un « blanc » pauvre!

En 1995 alors qu’un ami de Québec me faisait découvrir pour la première fois la grande-allée à Québec pour un verre dans un des bars sur la fameuse rue, un groupe de motards à pied nous tabassa sans aucune raison avant de prendre leurs motos. Quel paradis!

En décembre 2010, alors que j’étais sur une piste de dance au Dagobert, un policier me passa mes mains dans le dos et me dirigea dans son auto. « Erreur de la personne » après vérification de mon identité. Quelle horreur! Une mésaventure interminable.

Enfin, il importe de préciser que tant que nos dirigeants continuent d’ignorer l’existence du racisme systémique, nous continuerons de vivre les inégalités et les injustices. Il est essentiel de sensibiliser et d’éduquer sur ce sujet afin de promouvoir un changement positif. Ensemble, nous pouvons œuvrer pour un monde où chaque individu est traité avec dignité et respect, indépendamment de son origine, de sa couleur de la peau ou de son statut socio-économique.


-------

Programme ENGAGEMENT (Financement des Fonds de Recherche du Québec [FRQ])


Titre du projet : Race humaine ou races humaines ? Comment parler du racisme ?


Chercheur : Paul R. Carr (Université du Québec en Outaouais)

Citoyen : Christian Bizimana

Collaboratrice : Gina Thésée (Université du Québec à Montréal)

Assistante de recherche : Ivette Doizi (Université du Québec en Outaouais)


RÉFLEXION 4 (JANVIER 2024)

Réflexion sur le dialogue au Symposium DCMÉT sur le « Contrat racial » de Charles Mills

Christian Bizimana

 

Organisé par la chaire UNESCO DCMET (« Démocratie, citoyenneté mondiale et éducation transformatoire », CU-DCMÉT) et animé par Gina Thésée, Ph.D., Professeure titulaire et Co-Titulaire de la Chaire, le dialogue sur « Le contrat racial » de Charles Mills a eu lieu vendredi, le 27 octobre 2023 et s’est tenu par zoom en accès libre. L’invité d’honneur était nul autre que le traducteur du livre « The racial contract », le rappeur et historien Aly Ndiaye, a.k.a Webster. Le livre a été écrit en 1997 mais traduit en français 25 ans plus tard. Étaient présents Patrick Minko, de l’Équipe du Symposium UNESCO DCMET, Paul R. Carr, professeur titulaire à l’UQO et Titulaire de la Chaire, des membres de la Chaire tel qu’Ivette Doizi, moi-même et d’autres.

Tout en répondant aux différentes questions et commentaires des panelistes ayant lu également le livre, le traducteur M. Ndiaye nous explique qu’après l’avoir lu, il s’est dit que Mills avait absolument découvert la « théorie du tout ». Une théorie qui rassemble l’histoire, la philosophie, l’économie, la politique, la géopolitique pour exposer cette suprématie blanche qui, par définition, est ce système politique qui, sans jamais être pointé du doigt, a fait du monde moderne ce qu’il est aujourd’hui. La notion de race est à la base de notre quotidien.

Ainsi dans son œuvre, Charles W. Mills nous explique clairement que le racisme n’est pas une anomalie dans le monde moderne et dans la manière dont nos sociétés se sont développées depuis des siècles. Ce n’est pas une sorte d’incohérence ou d’erreur du passé qu’il faut corriger. Le racisme fait partie du matériel philosophique, politique, économique et culturel de toutes les sociétés modernes, y compris au Québec ajoute le rappeur et traducteur du livre car dit-il, sa politique d’intégration des immigrants et leur inclusion dans la société québécoise n’est qu’une illusion.

Pour Mills, au regard de l’histoire, le contrat social doit également être compris comme un contrat racial où la société en question est une société blanche. Il est impossible d’abstraire la théorie du contexte esclavagiste, colonialiste ou raciste où elle est formulée et où nous la recevons. La notion vise à décrire l’envers ou plus exactement la logique sous-jacente au contrat social à laquelle les philosophes européens sont demeurés aveugles.

Selon Mills, les philosophies du contrat social sont fondées sur le présupposé que ses bénéficiaires sont blancs ; les autres n’entrent pas en ligne de compte. Au moment où Rousseau élabore sa philosophie politique, le Code Noir qui régit l’esclavagisme négrier est en vigueur depuis trois quarts de siècle. Pourtant, le seul esclavage dont parlent ses écrits est celui, tout métaphorique, qui soumet les sujets européens à la volonté d’un monarque. La philosophie de l’émancipation n’a pas été pensée pour la libération des esclaves et des colonisés ; elle envisage des Blancs pour seuls bénéficiaires possibles.

Toujours selon Mills, le contrat racial se déploie à trois niveaux complémentaires et entrelacésLe premier est politique et désigne un accord sur les origines de l’État qui implique toujours une fondation coloniale. Elle peut prendre la forme d’un colonialisme de peuplement (comme les États des Amériques, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande par exemple) ou d’une domination et d’une exploitation coloniale de type impérial justifiée par une mission civilisatrice (comme en France, au Royaume-Uni, en Belgique, etc.).

Le second niveau est moral et concerne un accord sur les principes éthiques fondamentaux de la société. Sa logique sous-jacente repose sur une distinction entre les Blancs, considérées comme des personnes, et les autres en particulier les Noirs, relégués au statut de non-personnes. Il ajoute que si les principes généreux inscrits dans la Déclaration d’Indépendance américaine ou les constitutions des États modernes semblent incarner des principes universels de justice, c’est qu’ils laissent dans l’ombre qu’ils visent à bénéficier aux seules « personnes » pleinement reconnues comme telles.

Le dernier niveau est épistémologique, c’est-à-dire lié à la connaissance, et désigne un accord tacite pour garantir la mécompréhension des questions raciales dans la société. Les non-personnes exclues des bénéfices du contrat racial sont ainsi caricaturées, tenues pour irrationnelles et assimilées à des images fantasmatiques, ce qui légitime leur position subordonnée. Le contrat racial implique ainsi une ignorance blanche, qui maquille un ordre injuste en nécessité due aux incapacités des sujets non blancs.

En sus, Aly nous explique que le contrat racial est une manière de percevoir l’espace et le corps. Ainsi, l’espace en dehors de l’Europe est perçu comme sauvage et à dominer. Les individus qui l’habitent sont perçus comme des humanoïdes également sauvages, qui habitent cet espace sauvage. C’est donc un raisonnement en forme de boucle infinie, où la conception de l’espace sauvage et celle des individus sauvages se nourrissent l’une l’autre.

On prétend également que l’Europe a une mission civilisatrice, qui se traduit par un processus de colonisation et d’accompagnement de ces « sauvages » vers la civilisation, même si on n’y parvient jamais tout à fait. Tout cela a des conséquences très concrètes.

Aujourd’hui, on voit le contrat racial s’incarner dans les différents quartiers à Montréal, par exemple, alors qu’on retrouve surtout des personnes blanches et favorisées dans certains, et des personnes non-blanches et défavorisées dans d’autres.

Dans mon intervention, j’ai rappelé qu’un jour au début du Covid, j’ai appliqué pour faire du bénévolat et à ma surprise, il y avait un endroit sur le formulaire qui demandait ma race en termes de couleur noire ou blanche.

En concluant, le professeur Paul R.Carr rappelle également qu’on vit dans un monde dominé par l’impérialisme surmilitarisé qui contribue à la destruction environnementale, aux génocides, aux migrations du Sud vers le Nord, le néo-libéralisme, avec une implication de la religion et d’une éducation biaisée. Il nous rappelle que l’éducation est un espace de conscientisation et d’émancipation. Les bébés ne sont pas nés raciste mais le deviennent. Et comme l’épistémologie de l’ignorance fonctionne de différentes manières, elle s’assure de faire perpétuer ce contrat racial comme l’était la mission civilisatrice occidentale après la traite ou le commerce des noirs africains.   

Faisons également le constat du contraste entre le monde académique anglophone avec le monde académique francophone, qui ne dispose pas d’espaces scientifiques dédiés à la question raciale.

Dans un monde où la polyphonie des voix critiques de l’injustice, des inégalités et de la domination raciale peine à se faire entendre, alors même que ce monde est sans doute plus inter-relié qu’en aucune période antérieure de l’histoire, notre dialogue et ceux à venir voudront offrir une incarnation académique à des traditions critiques étouffées.

-------

Programme ENGAGEMENT (Financement des Fonds de Recherche du Québec [FRQ])


Titre du projet : Race humaine ou races humaines ? Comment parler du racisme ?


Chercheur : Paul R. Carr (Université du Québec en Outaouais)

Citoyen : Christian Bizimana

Collaboratrice : Gina Thésée (Université du Québec à Montréal)

Assistante de recherche : Ivette Doizi (Université du Québec en Outaouais)


RÉFLEXION 5 (AVRIL 2024)

 

Il y a 30 ans en 1994, des Rwandais ordinaires massacrent leurs voisins,

leurs familles au nom de la race

Christian Bizimana

 

Pendant que mon directeur de projet, le professeur titulaire au département des sciences de l’éducation à l’UQO, M. Paul R Carr me demande de conclure la phase « démarrage » de notre projet sur le racisme, je me permets de rappeler d’abord que les commémorations officielles du dernier génocide, celui des Tutsis au Rwanda débutent le 7 avril de chaque année — jour anniversaire des premières tueries de ce qui deviendra le dernier génocide du XXe siècle, faisant plus de 1 000 000 morts en 100 jours. Des moments qui nous rappellent également que la communauté internationale avait été vivement critiquée pour son inaction avant et durant le génocide. C’est le cas de Paris entre autres, qui a longtemps été accusé de « complicité » par Kigali, car il entretenait des relations étroites avec le régime hutu avant, pendant et même après le génocide.

 

Les plaies sont encore vives, mais l’espoir, lui, est toujours vivant

 

L’histoire de la formation des États africains modernes est très récente. En effet, entre le 15 Novembre 1884 et le 26 Février 1885, au cours de la conférence de Berlin, les puissances coloniales européennes (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Portugal, Italie, Espagne, Belgique, …14 pays en tout) se partagent l’Afrique et, par voie de conséquence, tracent les frontières actuelles des États africains en fonction de leurs intérêts économiques et stratégiques de l’époque. Les peuples et les Rois Africains sont évidemment tenus en écart.

Cependant, les allemands ne purent mener à bien leurs « visées civilisatrices » et laissèrent la place aux Belges avec l’aide des Britanniques pour amputer le Royaume du Rwanda. Et comme ce fut le cas dans beaucoup de pays africains, le partage de la région des Grands Lacs se fait dans la douleur pour un grand nombre de groupes familiales qu’on a subdivisé en 2 ethnies ou tribus pour des raisons qu’on connait (diviser pour régner) et dont les membres se voient répartis dans plusieurs nouveaux États. C’est ainsi que les rwandophones sont partout dans les pays limitrophes nouvellement formés comme la RDC, le Burundi, l’Ouganda et la Tanzanie.

À l’origine du génocide, un stratagème avait été introduit. Le gouvernement colonial belge confia à l’Église catholique tout le secteur scolaire et la santé. Cette dernière combattit aussitôt la religion traditionnelle et supprima systématiquement la théocratie rwandaise. Puis les Belges imposèrent la fameuse carte d’identité (1933-1934) avec la mention ethnique Tutsi ou Hutu, ce qui eut pour effet d’accentuer la distinction sociale entre les deux ethnies, laquelle se transformera plus tard en ségrégation « raciale ».

Une telle dichotomie entre Tutsis et Hutus n’existait pas auparavant puisqu’un Hutu qui possédait plusieurs têtes de bétail pouvait, de ce fait, être tutsifié, de même que pouvaient se produire des phénomènes de détutsification.

Heureusement, le gouvernement actuel rwandais a officiellement radié le terme « ethnie » de son vocabulaire pour pouvoir mettre fin à cette dichotomie meurtrière cyclique.

 

Le monde entier peut-il apprendre du Rwanda?

 

Ce qui me ramène à faire appel à nos gouvernements occidentaux et plus particulièrement notre gouvernement canadien actuel, à prendre ses responsabilités et apprendre du Rwanda en réévaluant et en réexaminant l’existence de la notion de races humaines qui nous subdivise selon la couleur de la peau. Depuis 30 ans au Canada qu’on me dit que je fais partie de la minorité visible mais pourtant je n’ai jamais connu une situation favorable découlant de ce fait. Mais non plus je ne voudrais pas occuper un emploi seulement parce que je suis d’une minorité visible. A mon sens aucune discrimination n’est positive.

Comme je l’ai dit au début de ce projet, pendant le Covid en 2020, quand j’ai appliqué pour faire du bénévolat, je ne voyais aucun intérêt de préciser si j’étais de race noire ou blanche pour bien faire mon travail. Cette soi-disant « discrimination positive » ne m’impressionnait guère et on est allé trop loin à mon gout car Dieu seul sait combien il y avait des gens dans le besoin et qui s’en foutaient de la couleur de ma peau.

On sait que la couleur de la peau dépend de ce qu’on appelle les mélanocytes, des cellules qui fabriquent la mélanine. Ce pigment qui permet d’absorber les rayons du soleil et d’éviter les brûlures causées par les rayons ultraviolets. Peu importe notre origine, nous disposons tous du même nombre de mélanocytes; la différence réside dans le type et la quantité de mélanine produite. Une des preuves scientifiques est que la progéniture entre deux personnes de "races" différentes (si cela existait) serait stérile. Si les peaux plus pâles sont apparues, c’est que certains gènes, déjà présents chez les populations africaines, ont été sélectionnés au cours des millénaires, pour permettre une meilleure adaptation au soleil lors de phases de migration.

 

Conclusion : la réconciliation planétaire a la rwandaise

 

Dans le mot Rwanda se trouve « (i)nda » signifiant « ventre » mais pas n’importe lequel mais celui d’une femme enceinte. Et on estimait que chaque bout de terre des hommes est en l’occurrence le « Rwanda » n’ayant pas encore la notion de frontières pour nous séparer en plusieurs nationalités. En d’autres termes aujourd’hui, on serait 8 milliards de Rwandais si on se réfère au concept de rwandité.

En tant que royaume uni et souverain, le Rwanda existait bien avant la colonisation. A l'époque précoloniale, tous les Rwandais aimaient beaucoup leur royaume, estimaient partager la rwandité et ne s'identifiaient pas comme Hutu, Twa ou Tutsi, car ils avaient leurs propres familles qui comprenaient des humains (abantu).

Il est fondamental de comprendre que la réconciliation reste un cheminement en cours après 30 ans au Rwanda. Dans cette voie, les citoyens ne peuvent pas être au même rythme, mais les gouvernements ou le leadership de nos pays tant riches que pauvres, restent des acteurs clé dans la création, la gestion et la sauvegarde de la réconciliation planétaire qui est un environnement propice susceptible d’amener la réconciliation individuelle. Il est donc crucial d'en être continuellement conscient et de renforcer les facteurs existants censés rendre la réconciliation possible, comme « Ndi Umunyarwanda », qui veut dire « je suis rwandais » ou je suis un « humain » dans le cas planétaire et non je suis blanc ou noir.

La cohésion sociale planétaire s'obtiendra lorsque chaque citoyen canadien ou citoyen du monde arrivera à prendre conscience d'appartenir à une communauté qui sauvegarde son environnement en réduisant les disparités et en évitant la marginalisation.

88 views0 comments

Bình luận


bottom of page